Ne soyez pas en bute au Butoh !

J’ai ouvert ma porte au Butoh, un soir d’élections, le changement c’est maintenant ! : ) Danse japonaise gravitant vers le sol, les mouvements s’effectuent sans précipitation. Entre danse contemporaine et influences culturelles du soleil levant, un océan de possibilités et une expression minimaliste s’offrent aux danseurs et aux spectateurs.

La sculpture du corps exacerbe la transcendance d’Icare. L’espace est épuré, sombre et le noir crée un champ d’énergie qui prend forme avec les mouvements du danseur. La matière révèle le concept, le spectateur voyage dans un état entre la conscience et l’inconscience. Les bruits du monde extérieur se perçoivent de très loin comme un ronronnement sourd.

« Apéritif – Première Partie »
Texte et lecture : Minji Cho
Chorégraphie/ Interprétation : Iaro Rasoamiaramanana
Musique et voix : Elisabeth Rosse

Un coup d’archer, un pincement de cordes et l’altiste donne les premières notes de l’Apéritif, une femme en kimono apparaît et se contorsionne comme pour extirper de son corps la douleur d’un amour fait d’incertitudes, l’être tordu, écartelé, aux prises au perpétuel recommencement des passions, du vide et du trop plein. Le frottement circulaire d’un talon rouge, l’éclat d’une pochette jaune et les mots entrent dans la danse.

Oçud ou la métamorphose hybride d’un voyage
Musique : « Oçud »
Composition / interprétation : Thierry Castel, Damien Visery

Un froissement de kimono et un danseur apparaît tour à tour majestueux et misérable, Oçud ou la métamorphose hybride d’un voyage, un parallèle s’impose comme une évidence entre la vie et le voyage. On nait puis on meurt, et si on choisissait sa mort , la question de suicide, comme un acte de bravoure de l’être d’oser créer la fin de sa vie ou bien un acte de désespoir… jusqu’ à quel point supporter les souffrances et les conflits ? La pureté de l’interprétation donne la sensation de l’évidence sans toutefois que l’on puisse aisément savoir quelle signification lui donner. Chaque parcelle du corps dévêtu est mis en scène. Dans chaque recoin semble naitre une parcelle d’histoire. On cherche les blessures de l’individu ou de l’humanité qu’il incarne au  rythme des tensions mouvantes du corps improvisant ou exécutant la chorégraphie maintes fois répétée. Entre conscience et inconscience, répétition, imagination, interprétation, faut-il vraiment faire une distinction ?

Ombre Zêta
Création / Interprétation : Gaëtan Sataghen
http://www.sataghen.info

Rupture ou continuité, le Butoh permet une appréhension très personnelle de grandes questions depuis l’affect jusqu’à pourquoi pas les mathématiques. L’individu est sorti de son contexte social pour prendre son envol en liberté. Ombre Zeta entend explorer le principe du cosmos, depuis la logique quantique en passant par les fonctions, et la théorie du big bang. Comment percer le mystère de l’ordre basé sur des hypothèses, des calculs, des croyances. ? Chorégraphier le butoh en basket sur une base de danse et de musique classique : grotesque ? Remise en cause du système et des normes préétablies ? Absurdité de l’être qui tente désespérément de créer du sens, une logique sur ce qu’il ne comprend pas ?

Terrare Humanum Est
Danse : Anaïs Bourquin et Daniel Mellet d’Huart
Musique : Céline Wadier

Enfin Terrare Humanum, une amie, humble dans sa pratique du Butoh,  dédie sa performance à l’être humain, la perversion qu’il apporte à ce qu’il touche, son rapport destructeur à l’environnement.  La mélopée d’un instrument boisé sans âge chante avec douceur la terre entre feu et matière berceuse et nourricière,  contrastant avec la dureté, le tranchant de la performance. Un homme et une femme naissent sous un voile plastifié, l’artiste accouche de l’humanité. Ils s’affrontent pour finalement se réconcilier dans un rapport sensuel à la terre. Beaucoup d’accessoires scéniques, de maquillage, moins de suggestion, plus d’illustration. Le souci d’un message important à transmettre, humaniste et écologique.  Entre conscience et inconscience, la force d’artistes en transe.Première représentation de la performance, celle –ci est encore vouée à évoluer.

 

C’est en effet de ça dont il s’agit au cycle de Rencontres du Butoh Ouvert, des artistes confirmés ou en devenir se succèdent et confient au public leurs performances et projets. Après la représentation, une discussion conviviale autour d’un verre avec les spectateurs permet aux artistes de mesurer la compréhension de leur performance par le public et les variables d’interprétation possibles. Ces échanges sont précieux et nourrissent l’artiste comme le spectateur. La qualité de ces rencontres entraine leur succès : une liste d’attente,  des personnes refusées à l’entrée. Sur le principe de l’entrée libre, les Rencontres du Butoh Ouvert dépendent des dons des spectateurs, elles ne bénéficient pas encore de subventions publiques… alors à bon entendeur… butoh.ouvert@gmail.com

Comments
One Response to “Ne soyez pas en bute au Butoh !”
  1. Je viens de lire une description belle et complète de la soirée. Comme j’y fus danseur, en dansante focale juste avant l’entracte, je n’ai pu assister aux autres performances et trouve ici le contrepoint oculaire de ma présence ce soir-là. Merci pour ton témoignage sur la soirée, et pour ton point de vue sur Ombre zêta. Je te laisse deviner mon plaisir quand tu lies ma danse à son postulat mathématique, à une fonction qui jette une ombre horizontale sur l’unité des nombres. En la reliant aux dimensions quantiques du monde physique, en outre, c’est un beau projet de danse butô qui est proposé : apprivoiser son double tout en participant du monde quantique, là où l’identique fait l’individu mais imprévisible.

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