« Le Corps Découvert » – Institut du Monde Arabe – Jusqu’au 26 août

Le corps est une question. Une question que l’on se pose face à son miroir le matin, en société, au bureau dans la rue ou face à sa toile. Découvrir son corps que ce soit au niveau de son propre regard ou du dévoilement à soi ou aux autres est une action loin d’être anodine. Face à sa toile l’artiste l’a représenté, illustré, maltraité, effacé au profit d’idées, d’idéaux, de prétextes mythologiques. Régulièrement sur le devant de la scène, l’être humain est une silhouette, un corps, une première impression.

Aujourd’hui aux Jeux Olympiques, la participation d’athlètes féminines arabes portant le voile a créé la surprise de bon nombre de spectateurs et de nombreuses polémiques : ouverture à l’autre ou manipulation politique ? Il serait cependant réducteur est-il utile de le préciser, de généraliser le monde arabe à une seule et même image, une seule et même position politique. L’Institut du Monde Arabe prend le contrepied de la dissimulation en proposant une exposition : « Le Corps Découvert ». Vous avez sans doute croisé une affiche dans le métro, un tableau à la fois doux,, fin mais néanmoins totalement à découvert : une paire de fesses. Il s’agit d’un tableau d’Hugette Caland : Selfportrait peint en 1973.

L’exposition propose la nudité fragmentaire ou entière vue par des artistes du bassin méditerranéen sur pas moins de 1000m2. Première approche chronologique, on découvre les liens et influences qui unissent peintres européens et peintres arabes au début du XIXème siècle. L’art moderne qu’ils s’approprient, les clichés de l’orientalisme qu’ils détournent. La force et le positionnement artistique qui émanent de ces toiles amènent à une question : comment se fait-il que je sois si en retard, que je ne prenne connaissance qu’aujourd’hui de l’œuvre de Khalil Salleeby et de son éden déconstruit pleinement incarné ?  Face à « L’endormie » de Mahmoud Saïd, au « Nu au Coffre » de Georges Daoud Corm on prend conscience du talent d’une scène artistique arabe qui pourrait être plus exposée en Europe.  Photographie, peinture, sculpture et installation numérique balaient les différents concepts de la représentation du corps sans en occulter aucun : danse, mémoire, morcellement, esthétique, sensualité, histoire… Une approche thématique en grande partie dédiée à la création contemporaine regroupe également des artistes venant de pays diversifiés, hommes et femmes. C’est cette multiplicité, d’époques, d’approches, de sexes même qui créent la richesse de ce parcours entre inhibitions et exhibitions.

J’ai particulièrement eu un coup de cœur pour la création contemporaine : Arabi Assaad « Sleepiness » avec ses couleurs éclatantes et la sensualité tactile qui se dégage des corps. La peinture a encore, c’est certain, de beaux jours devant elle ! Puis dans un autre registre, je suis restée hypnotisée par une création numérique dérangeante  d’Abdel Abidin : « Ping-Pong » : deux hommes jouent au ping-pong, le filet est une femme nue, chaque impact de balle laisse une trace sur son corps, le match ne s’interrompt pas…

Une exposition enrichissante qui vous mettra face à vos inhibitions, incontournable pour découvrir la scène artistique arabe. Et profitez-en elle est prolongée jusqu’au 26 août !!!

Pour plus d’informations :

Le Corps Découvert – Jusqu’au 26 août à l’Institut du Monde Arabe

75005 Paris

www.imarabe.org

Comments
2 Responses to “« Le Corps Découvert » – Institut du Monde Arabe – Jusqu’au 26 août”
  1. Kaissah dit :

    Hormis les grands noms , qu avez vous retenu des artistes de la nouvelle génération ?

    • estelledeblog dit :

      Merci pour ce commentaire, la nouvelle génération d’artistes qui brille en effet par son nombre et la qualité de ses œuvres est un peu en retrait dans mon article, je tiens à réparer cette erreur ! Ce que je retiens de celle –ci c’est un ensemble audacieux à la fois riche et hétéroclite, souvent engagé, sensuel et d’un érotisme assumé. La difficulté est d’en choisir quelques uns à vous nommer rapidement ! Je vous en reparlerai avec plaisir plus longuement peut être en consacrant un article individuel plus fourni à certains d’entre eux. Parmi ceux qui m’ont le plus marquée, des artistes féminines peintres et photographes. L’ouverture de l’exposition par Majida Khattari, et sa série de photos « Les Parisiennes » mi voilées mi dénudées entre drame et sérénité. La série de photo de Tamara Abdul Hadi « Picture an Arab Man » pour le parti pris de douceur, de spiritualité et d’inspiration qui se dégage de ses photos un peu comme si elle levait le voile stéréotypé de l’homme arabe violent pour dévoiler l’intimité de leur personnalité par le nu. J’ai également été touchée par le travail photographique « Teratogénèse » (signifiant malformation en grec) de Meriem Bouderlaba, des clichés de femmes mi voilées mi nues sont superposées dans une torsion couleur chair évoquant à la fois la souffrance du corps et celle de l’esprit devenant presque spectral par l’enfermement. Une dernière ligne enfin pour les tableaux brodés de Ghada Amer qui fixe ainsi les stéréotypes de la femme sur la toile. C’est la transposition d’une technique emblématique de l’ouvrage féminin sur un espace contemporain et libre ce qui lui donne encore plus de force à mon sens. De nombreuses lignes restent encore à écrire sur cette nouvelle génération…N’hésitez pas également à me faire part de vos impressions sur cette nouvelle génération d’artistes !

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