« CE QU’IL ADVINT DU SAUVAGE BLANC »

« Ce qu’il advint du sauvage blanc » de François Garde

Au milieu du XIXème siècle, animé par la soif des grands découvreurs, Octave de Vallombrun a un souhait : servir la science et la géographie. Il peine à trouver la « terra incognitae », la parcelle de terre dont il pourrait dissiper la brume d’inconnu pour amener une avancée significative dans la quête infinie de connaissances de la communauté scientifique. A la façon de Christophe Colomb qui partit pour les Indes et arriva en Amérique, Octave de Vallombrun s’était donné comme destination une ambition rigoureusement géographique et aboutit en fin de compte à la création du concept de sciences humaines.

C’est au bout du monde, à Sydney que tout commença pour le futur « humaniste ».

Quoique prévenus, nous fûmes tous surpris à ce spectacle : un Blanc, vêtu d’un pagne, entièrement couvert de tatouages, muet, immobile, et qui nous regardait.

Un homme égaré, hors de sa culture, retrouvé sur une plage du Pacifique dix sept ans après, est désormais la proie, la curiosité d’une société occidentale dont il ne maitrise plus les codes, dans laquelle il n’a plus aucun repère. Les us et coutumes dit « civilisés » glissent sur lui comme s’il n’était pas concerné. A présent extrait de la tribu qui l’avait recueillie, il leur devient étranger. L’abîme incommensurable dû aux dix sept ans d’absence entre lui et la société qui l’entoure  pourra t’il être comblé ? Lorsque l’on est devenu complètement étranger au soi d’origine pendant la moitié de sa vie, que devient notre identité ? Elle est autre, hors de tous critères établis.

Octave de Vallombrun va créer autant de passerelles possibles avec le moi civilisé d’origine du naufragé au détriment du moi revenu à l’état « originel ». Il devient responsable du retour à la « civilisation » du naufragé. Complètement démuni face à l’immensité de sa mission, il va adopter la technique d’observation et d’expérimentation du scientifique tout en ayant conscience des limites morales auxquelles se heurte cette méthode empirique. Il s’agit d’un être humain. L’homme va donc au fil de ses hésitations, de ses inquiétudes et de ses avancées, batir les fondations d’une science de l’être au monde, de l’être au sein de la société.

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Inspiré par une histoire vraie, François Garde donne la voix du narrateur aux deux protagonistes. Le lecteur assiste à deux cheminements distincts et je vous laisse le soin de découvrir s’ils se rejoindront, s’entrecouperont. Le naufragé Narcisse Pelletier ne parlera pas, excepté quelques échappées, de ses dix sept années passées dans le Pacifique. Octave de Valombrun multipliera les tentatives de le rétablir dans la vie qui lui est due, qui pourrait lui correspondre sans jamais en saisir totalement la portée. Lui a -t’il fait violence en le réintroduisant en Europe ? Quelle est sa légitimité ? Lui a t’il imposé sa finalité ?

Il est très intéressant dans ce roman de suivre l’incursion de l’homme dans une société dite primitive qui n’est pas la sienne, puis le retour ce l’adolescent devenu homme dans une société où il est désormais considéré comme un phénomène au sens scientifique du terme, puis comme un étranger. L’auteur pose des questions essentielles, originelles : Quelle est ma place parmi les autres ? Est-ce que quelqu’un peut ou a le droit de s’immiscer dans la vie de l’autre ? Comment devient-on étranger aux autres ? Qu’est-ce que cela fait ? Jusqu’à quel point peut-on devenir étranger à soi même ? Jusqu’où sommes nous prêts à devenir autre pour s’intégrer ? Qui sommes nous ?

La faim continuait son travail de sape. Il alla au bord de la falaise, face à la mer dont le bleu dur s’assombrissait, mit ses mains en porte-voix et hurla : « Je suis Narcisse Pelletier, matelot de la goélette Saint Paul. »

Pour plus d’information:

Ce qu’il advint du sauvage blanc de François Garde, publié aux éditions Gallimard en 2012, collection Folio n°5623

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