FUTURS, La Vieille Charité, Marseille – 22 mai-27 septembre

« Debout sur la cime du monde, nous lançons encore une fois le défi aux étoiles ! » Filippo Tommaso Marinetti

Pour ce « défi aux étoiles » je vous propose un article plus long que de coutume, n’hésitez pas à vous balader de ci-de là et à faire votre choix. Je vous propose notamment quelques œuvres de l’exposition à parcourir. A ce sujet il s’agit d’un choix non limitatif des œuvres à voir, de nombreuses restent à découvrir, je vous en laisse la surprise !

L’exposition Futurs présente le vertige artistique face à l’accélération du monde l’appréhension du devenir humain et sa place dans le cosmos du début 20ème à nos jours. Elle explore le mythe d’Icare, thème de l’affiche reprenant l’œuvre de Matisse du même nom figurant dans sa série Jazz. Vous partagerez la course de l’artiste à trouver, construire ou créer le monde dans lequel nous vivrons, se projeter sur les avancées de la science et leurs conséquence, interroger le monde réel dans sa subjectivité à travers les spectres de l’angoisse l’enthousiasme, la morale ; chercher la vérité systémique des astres, pour toucher au futur de l’humanité, impacter sur son devenir, interroger sa place face à ce monde qu’il construit, robotise, abime, violente selon les différents points de vue.

C’est un voyage initiatique qui vous est proposé en majeur partie à travers l’art moderne avec néanmoins quelques échappées contemporaines intéressantes. Le sujet est vaste et il serait aisé de se perdre aussi le choix a été fait d’articuler votre voyage autour de trois grandes œuvres thématisant trois espaces :

1.

Tout d’abord « Metropolis », en référence au film de science fiction dans la mouvance de l’expressionnisme allemand par Fritz Lang. C’est un film muet en noir et blanc sorti en 1927. Le progrès entre enchantement et désenchantement est remis en question à travers les représentations de la ville et de son architecture. Fascination et regard critique sur la modernisation urbaine et l’industrie traversent les courants du futurisme, suprématisme, constructivisme, précisionnisme, Bauhaus…

« Portrait de Filippo Tommaso Marinetti » par Enrico Prampolini, 1924-1925

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FT Marinnetti y apparaît sous des traits robotisés non sans nous faire penser actuellement à certains héros de Marvel. Les couleurs sont vives, synthétiques et jouent violemment entre elles. L’expression du visage est décidée presque enragée, les lignes sont anguleuses et brutales. Tout exprime la rage et la vivacité du progrès dans une ville industrielle où la nature semble absente. « Nous déclarons que la splendeur du monde s’est enrichie d’une nouvelle : la beauté de la vitesse » Manifeste du Futurisme 1909. Ce mouvement italien prône le progrès la ville industrielle, le mythe de la vitesse, la décomposition de la forme et de la couleur.

« Battle of Lights, Coney Island » de Joseph Stella, 1913-1914

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Influencé par le futurisme suite à la visite de la galerie Benheim-Jeune en 1912, Joseph Stella utilise le parc d’attractions de Coney Island pour glorifier les avancées technologiques. Cela se traduit par la composition en spirale, la multiplicité des couleurs tourbillonnant un peu à la façon d’un kaléidoscope. Le thème du parc de Coney Island a été utilisé par de nombreux artistes américains photographes et peintres pour illustrer le progrès.

« Gota 2-A » de Kasimir Malevitch, 1923-1927

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Kasimir Malevitch décline la forme du cube dans l’espace pour créer une architecture pyramidale verticale parallélépipédique, transposition architecturale du suprématisme en trois dimensions. Comme le carré peint élément fondamental du suprématisme, le cube devient l’élément systémique de la construction, l’inscription de l’architecture dans l’espace. “Le suprématisme est le système précis suivant lequel s’est effectué le mouvement de la couleur, par le long chemin de la culture.” Malevitch 1920. Ce procédé correspond à l’approche dynamique et imaginative de l’architecture par Malevitch qui la définit comme « une activité en dehors de tout ce qui est utilitaire ».

Cette maquette en plâtre appelée aussi architectone (du grec arkhitektoneo , « être architecte, bâtisseur ») est aujourd’hui visible grâce à l’assemblage de plus de 200 pièces par l’artiste Poul Pederson. Elle est habituellement exposée au Centre Georges Pompidou. Son aspect préfigure de manière véritablement visionnaire l’évolution de l’architecture urbaine, elle date quand même de 1923-1927 !

« Canyons » de Charles Sheeler, 1951 et « After all… » de Charles Demuth, 1933

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Dans ces deux œuvres, les artistes choisissent de dépeindre la ville grâce à des volumes cubistes et des couleurs subtiles. Ils font partie du mouvement réaliste américain appelé aussi précisionnisme. Ils célèbrent l’architecture moderne et l’industrialisation dans une peinture figurative bien que parfois proche de l’abstraction et le plus souvent dépourvue de présence humaine.

Sans titre (City Night) de Georgia O’Keeffe, 1970

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Georgia O’Keefe fait partie des artistes considérés comme majeurs aux Etats-Unis. Dans cette toile grand format (210 x 121 cm), on retrouve les caractéristiques de sa peinture : le choix du format, une vue très rapprochée qui ajoute au vertige des gratte ciel, la prédominance des lignes et de la couleur, à la limite de l’abstraction préfigurant presque des recherches minimalistes.. Tout comme les précisionnistes rencontrés dans l’entourage de son mari Alfred Stieglitz, son thème de prédilection est le paysage urbain toutefois sa vision reste très personnelle, ce qui lui importe c’est de peindre ce qui l’entoure tel qu’elle le ressent.

« Licht-Raum Modulator » de Laszlo Moholy-Nagy, 1922, 1930

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Il s’agit d’une œuvre très rare, le coup de cœur de Christine Poullain, commissaire de l’exposition et directrice des musées de Marseille. Elle participe à l’utopie constructiviste de réunir l’art et la vie en 1930. Laszlo Moholy-Nagy, figure emblématique du Bauhaus et passionné par l’innovation et les techniques, crée ici une œuvre motorisée en métal et en verre qui transforme la sculpture en architecture, mouvement et lumière. Son mouvement hypnotique projette des formes dans l’espace. Elle préfigure de ses recherches en photographie et cinétique.

« The Twin Towers » Ivan Navarro, 2011

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Dans cette installation l’artiste contemporain représente le vertige du vide laissé par l’absence des tours. De cette façon l’artiste chilien, dont le moyen plastique d’expression de prédilection est le néon, donne à voir la hauteur par une œuvre au sol. Il fait réfléchir le spectateur à sa vision de l’espace et à son imagination grâce à une géométrie proche de l’abstraction permettant toutes les projections.

2.

Ensuite La Guerre des Mondes, roman de H.G. Welles. Publié en 1898 il préfigure la destruction des deux guerres mondiales et s’interroge sur la deshumanisation liée aux avancées de la science et notamment de la robotique. Mannequins, robots, espace et science fiction meublent l’imaginaire des artistes de Roberto Matta à Martial Raysse jusqu’à la figuration narrative explorant les frontières de l’humanité.

« Contra vosotros asesinos de palomas » de Roberto Matta, 1950

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Cette œuvre est un hommage au poète Federico Garcia Lorca, mort pendant la guerre d’Espagne. On peut y lire en substance ses vers dénonçant une société « qui se noie de machines et de larmes ». C’est une œuvre qui dans un contexte futuriste dénonce le totalitarisme : des formes anthropomorphes obéissent à un dictateur. Avec sa figuration de l’homme, il le place face à ses responsabilités.

« Scaphandrier des Nuages » d’Enrico Prampolini, 1930

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Par cette toile l’artiste forme une vision poétique et visionnaire de la conquête de l’espace dont les recherches sont à peine amorcées à l’époque. Le premier vol dans l’espace aura lieu trente ans après ! L’artiste futuriste combine les équipements des scaphandriers, des plongeurs avec les costumes des aéronautes.

« Gordon Cooper » de Martial Raysse, 1963

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Co-fondateur du nouveau réalisme et proche du pop art, Martial Raysse propose par cet assemblage de morceaux de papier, de journaux et d’objets un patchwork de morceaux de réalité dans une nouvelle perspective subjective. Gordon Cooper est le cosmonaute américain ayant effectué le record de la mission spatiale la plus longue. Il revient sur la modernité de son procédé graphique par un retour à la peinture dans des teintes toutefois de modernité pop. Il est amusant de voir que la couleur réservée au visage est le vert, couleur de prédilection actuelle pour représenter les extraterrestres.

« Rocket Pneumatique » d’ Yves Klein, 1962

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« Pour peindre l’espace, je me dois de me rendre sur place, dans cet espace même. Sans trucs ni supercheries, ni non plus en avion ni en parachute ou en fusée : [le peintre de l’espace] doit y aller par lui-même, avec une force individuelle autonome, en un mot il doit être capable de léviter » Yves Klein Pour réaliser la conquête de l’espace l’homme doit l’habiter avec sa sensibilité. L’artiste réalise ce prototype avec des vessies de ballons de rugby, des tuyaux de douche et une architecture de parapluie. Il ne s’agit pas d’une simple maquette décorative mais d’un module destiné à être propulsé dans l’air. Il n’a a priori pas encore été testé.

 3.

Enfin les étoiles avec notamment la thématique de l’Odyssée de l’Espace en lien avec le film de Stanley Kubrick : 2001 l’Odyssée de l’Espace réalisé en 1968. L’homme cherche à se dépasser pour atteindre la vérité systémique du cosmos. De l’inquiétante étrangeté du surréalisme aux perspectives de l’abstraction, onirisme et astronomie cohabitent dans cette dernière partie de l’exposition, Max Ernst, Miro, Calder, Klein explorent l’espace et l’universel jusqu’à l’utilisation de l’imagerie spatiale par Alain Jacquet et l’installation infinie respirante de Bruno Peinado.

               Vous pourrez admirer trois belles toiles de Jan Miro disposées en triptyque :   « Danse de personnages et d’oiseaux sur un ciel bleu », « Naissance du jour 1 », « L’or de l’azur ».

Miro 1Miro 2

Miro 3Dans ces toiles Joan Miro cherche à atteindre l’universel à partir de métaphores calligraphiant l’espace et le cosmos. Il faut se perdre dans les toiles pour trouver l’éloquence du silence, le mouvement immobile…

« Composition en rouge, jaune et bleu » 1922 de Piet Mondrian

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L’artiste crée son système pour représenter le monde en s’abstrayant de la nature et de la réalité pour explorer leurs dynamiques. « le rapport [de la verticale à l’horizontale] est à l’image de la dualité et des oppositions qui régissent d’une façon générale la vie et l’univers – le masculin et le féminin, l’extérieur et l’intérieur, le matériel et le spirituel » Dans cette composition les verticales représentent les rayons du soleil tandis que les lignes horizontales figurent le mouvement de la terre.

Comme vous le constaterez le spectre prépondérant choisi pour aborder les futurs est la science. Entre ontologie, expérience calcul et projection l’artiste rejoint le scientifique et se nourrit de sa création, du progrès, le rejoint ou le distance dans ses avancées.

« Le Monde des naïfs » de Max Ernst, 1965

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L’artiste surréaliste a été frappée par une découverte portant presque son nom. En 1965 l’astronome Ernst Wilhem Tempel découvre la planète Maximilia depuis l’obeservatoire de Marseille. D’inspiration cosmique cette toile comporte sa propre composition, assemblage de formes géométriques sans dessus dessous, avec des cryptogrammes secrets. Les étoiles conservent leur mystère et nous échappent encore !

« Mobile » d’Alexander Calder, 1942

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« Les éléments de l’univers peuvent être constants mais leurs relations réciproques varient toujours » Alexander Calder. Par ses mobiles, il dessine le mouvement et l’espace, l’odyssée d’un système universel. Le terme de mobile attribué au travail de d’Alexander Calder a été la première fois utilisé par Marcel Duchamp.

« Sans titre, Silence is Sexy » de Bruno Peinado, 2004

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Le spectateur est invité à une expérience sensorielle éphémère. Par ses reflets l’installation intègre la chapelle de la Vieille Charité un peu comme si toute l’architecture respirait. Elle se gonfle puis se rétracte dans un léger bruit de soufflerie. Son titre fait référence à l’album homonyme du groupe expérimental allemand Einstürzende Neubauten sorti en 2000.

J’attire votre attention sur le s de Futurs, titre de l’exposition. Il s’agit bien d’une diversité de propositions, de projections qui vous est présentée elles ne se rejoignent pas en un parti pris, une vision globale du future. A vous de jouer avec ce fantastique kaléidoscope de la mémoire des futurs par les artistes : Miro, Matisse, Georgia O’Keefe, Calder, Joseph Stella, Malevitch, Marinetti, Klein pour les plus connus. Vous y trouverez des œuvres exceptionnelles des très connues aux très rares, une sélection dont l’éclectisme fait plaisir. Une exposition qui en appelle à d’autres traitant des Futurs politiques ou environnementaux …

Visite commentée recommandée…

Des séances de cinéma sont organisées en parallèle de l’exposition, notamment le FID : Festival International de Cinéma du 30 juin au 6 juillet et j’attire également votre attention  sur le cinéma de plein air.

Pour plus d’information :

Centre de la Vieille Charité

2, rue de la Charité, 13002 Marseille

du 22 mai au 27 septembre 2015

du mardi au dimanche de 10h à18h

http://www.marseille.fr

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