Le Roi Lear- Olivier Py – Grandeur et Décadence

« Le Roi Lear » par Olivier Py est l’unique pièce de théâtre programmée à la Cour d’honneur du Palais des Papes par le président du festival d’Avignon (à savoir Olivier Py) pour cette édition 2015 du IN. Un joyau parmi les tragédies de Shakespeare, méritait certainement un cadre aussi grandiose que la Cour d’honneur du Palais des Papes, imposante par son architecture et son histoire.

C’est donc dans les meilleures dispositions que je suis allée assister à la représentation.

Cependant à vouloir monter très haut on peut aussi choir très bas et ce fut le cas. La hauteur de mes attentes n’a eu d’égal que la grandeur de ma déception.

L’espace scénique s’ouvre sur un grand plateau en bois avec un piano à queue en son centre entouré par des gribouillis noirs entre le tumulte et les arts de rue dessinant une arène d’une manière aussi affirmée que si cela avait été des barbelés. L’espace de la tragédie scéniquement modulable est placé laissant présager des partis pris tranchés. Le fabuleux décor que crée le Palais des Papes n’est utilisé que dans le cadre de ses dimensions gigantesques. Avec le programme en salle une liste des musiques du spectacle est distribuée ajoutant à une première et fausse intuition que la musique occuperait une place prépondérante dans le déroulé de la pièce. De fait le piano est vite écarté sur le côté et la musique fait office d’accompagnement sonore standard ou sert de support naïf aux chansons d’un fou. Un comédien déboule à toute vitesse sur la scène, en moto, casqué de noir, puis se livre à des activités très explicitement lubriques avec de multiples partenaires. Le ton est donné ce sera du « grand spectacle ». Plus précisément 2h30 de grand spectacle où se superposent dans un collage baroque de mauvais goût les clichés : des néons pour écrire le texte très art contemporain, des sœurs tout d’abord barbie puis furies, quelques hommes nus, des ébats entre tous les sexes toujours dans la surenchère et très explicites, un gros morceau de scotch noir figure subtilement le silence d’une Cordelia en danseuse classique non sans faire penser aux danseuses des boites à musique tournant inexorablement sur elle mêmes, et j’en passe…

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Le Roi Lear © Christophe Raynaud de Lage

Sur le mur du Palais des Papes en lettres de néon énormes : « ton silence est une machine de guerre », réplique du Roi Lear adressée à Cordélia. Et ce silence qu’est ce qu’on y aspire ! Entre la surenchère des images, des comédiens qui déclament en hurlant dans des micros qui crachotent quand ils ne s’expriment pas de manière inaudible dans des casques de moto et des effets sonores assourdissants, la pièce est parasitée par le bruit. Le trop plein de tout annihile tout relief alors que toutes les conditions sont réunies en termes de moyens et d’engagement pour aboutir à un spectacle qui ne laisse pas indifférent.

Enfin Olivier Py a choisi de retranscrire la pièce originale en vers libres afin de projeter la pièce dans l’espace temps contemporain. Un parti pris audacieux, qui se traduit par des phrases chocs, des insultes et de longs monologues qui ont perdu toute musicalité. Ceci ajouté à la diction criante, déclamante et peu naturelle des acteurs m’a fait passer complètement à côté du texte. Et j’ose croire que notre monde contemporain dans sa vie comme dans sa tragédie a plus de grandeur et de retenue. J’ai donc attendu patiemment que chaque personnage meure et disparaisse méticuleusement par le trou au centre de la scène (tragique de répétition ?) pour que le spectacle s’achève. Tous n’ont pas eu cette attitude, le public s’est agité, discutait et des spectateurs sont même partis.

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Le Roi Lear © Christophe Raynaud de Lage

A la sortie je ne pouvais cependant pas m’empêcher de me poser la question mais que s’est-il passé ? Je suis restée étourdie, abasourdie par l’ampleur de la tragédie : de la grandeur de mes attentes à l’immensité de ma déception, un joyau du théâtre qui finit à mon sens comme chacun de ses personnages : massacré.

Je serais donc ravie que vous me faisiez part de vos avis même et surtout s’ils sont plus positifs que les impressions que j’ai partagées.

Pour plus d’informations :

« Le Roi Lear » Olivier Py

Festival IN Avignon 2015

Cour d’honneur du Palais des Papes

http://www.festival-avignon.com/fr/spectacles/2015/le-roi-lear

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